Cher Journal ;

 

Je vis dans l'attente du jour où l'exercice de la méditation me délivrera de la peur. Je m'entraîne quotidiennement, et je peux chaque jour demander davantage à mon corps. Mon physique s'affine, se renforce, se sculpte peu à peu, tend vers la perfection ; ma force mentale, elle... Je tremble au moindre orage. La pensée d'un éclair fauchant ma vie m'obsède, dès la première gouttelette.

 

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Et oui, j'ai une peur effroyable d'être foudroyée. Irrationnelle ? Certes, cher Journal, mais de tels évènements, s'ils restent rares, sont déjà arrivés.

 

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L'heure du crépuscule m'emplit d'une angoisse sans nom. D'une part, j'en ai honte, mais je garde de l'enfance une peur panique du noir ; mais surtout, notre demeure ancestrale se peuple à la nuit tombée d'une flopée de fantômes en maraude.

 

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Mes aïeux ne me veulent que du bien, me répète mon entourage. Mais c'est plus fort que moi : à la vue d'une silhouette translucide, je m'égare, et je m'évanouis. Malgré la présence quotidienne de ces revenants, je ne parviens pas à m'habituer à cette épreuve ; et j'endure avec honte, en silence, la compassion humiliante de ma famille.

 

 

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Je n'ai pas osé parler de ce triste état de fait avec Corentin, bien que nous devenions proches. Avec lui, je me veux légère, drôle, spirituelle, éprise de la vie et des sensations fortes. Quand nous serons amis, peut-être lui avouerais-je quelle triste poltronne je suis ; dans l'immédiat, je tiens trop à sa compagnie pour risquer de le décevoir avant même d'atteindre son coeur.

 

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Aussi je ris, je plaisante, j'échange des secrets futiles et sans importance d'adolescente évaporée, j'incarne autant que je le peux une jeune fille normale. Il ne paraît pas gêné de fréquenter une fille de cette étrange lignée de sorciers Cirkhaën, ce n'est pas peu, et je savoure cette petite victoire.

 

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Je lui ai proposé de me donner des cours de mécanique, simulant un intérêt prononcé pour l'automobile. Il en a été ravi. Il faut bien reconnaître d'ailleurs que ce sujet abscons commence à réellement m'intéresser, indépendement de la fascination que j'éprouve pour l'orateur...

 

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J'ai même fait quelques tentatives d'approches sur un plan plus sentimental... Mais je n'ai obtenu que la gêne et l'embarras. Je crains fort d'être allé un peu vite en besogne...

 

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Il a prétexté des devoirs à finir, oubliant que nous venions de les achever ensemble, et s'est éclipsé, après un silence confus. Je n'ai pas su le retenir. 

 

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Le Ciel soit loué, il ne semble plus m'en vouloir, et nous avons passé la soirée au téléphone comme à l'ordinaire. Cependant, j'ai pris note : Corentin ne souhaite pas que notre relation évolue, du moins pour l'instant. A moi de prendre mon temps pour l'apprivoiser.

 

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Aux Tourelles, la vie continue comme à son ordinaire. Maman, comme toujours, demeure plongée dans le travail ; elle désire profiter de son poste pour faire évoluer les mentalités et les lois pendant les quelques années qu'il lui reste sur cette terre, et, après sa longue campagne de promotion d'une agriculture équitable, se penche sur les droits des femmes et des couples homosexuels... L'antique volonté de Melinda reste d'actualité.

 

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Papa s'est pris d'une passion pour la pêche, et écume les rives du fleuve et de la côte, rapportant, le soir, quelques poissons et de longues heures de récits. Il parvient à rendre palpitant la lutte éternelle du pêcheur et des poissons, retors, vicieux, tentant d'avaler l'appât en évitant l'hameçon...Avec ses histoires, on devient le témoin d'un combat épique. En même temps, je savoure la poésie de la course des cylindrées ; il me faut donc conclure que c'est le narrateur, non le thème, qui fait le poème.

 

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Mon cher frère Aedan témoigne d'une poésie plus traditionnelle et d'un romantisme sans faille, en continuant ses sérénades auprès de sa dulcinée. 

 

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Il gravit les échelons de sa carrière à une vitesse digne d'éloges, et est désormais soliste. A deux doigts de réaliser son rêve.

 

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Lothiel, la Licorne, vit paisiblement sa vie d'animal mythique dans notre nouvel Eden. Parfois, je m'inquiète à la pensée que nous le délaissons ; seuls, Papa et Natty passent du temps avec lui, et nul ne le monte plus depuis de longues années. Mais Lothiel est heureux ; le flux incessant de curieux de tout poil avides d'apercevoir la si étrange famille Cirkhaën lui fournit sa compagnie, et il ne cesse de quémander des carottes à ces importuns.

 

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Par ailleurs, il se montre curieux de chaque animal franchissant la clôture, et se lie d'amitié avec tous les animaux errants de la vallée. Il a même tenté de nouer un dialogue avec un raton laveur de passage, mais en vain.

 

Cher Journal ;

 

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J'ai profité de nos vacances de Pâques pour inviter Corentin au Parc d'attractions qui vient, temporairement, s'installer dans la vallée. Quelle sottise n'avais je pas fait là... Sache, cher Journal, que je viens de passer le rendez vous le plus lamentable qu'on puisse concevoir.

 

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D'emblée, en voyant les loopings du grand huit, j'ai réalisé mon erreur. Pour impressionner mon camarade - Corentin est avide de sensations fortes, comme bien des garçons, hélas ! - je me suis lancée aveuglément dans la gueule du loup. Comment la lamentable petie trouillarde que j'étais allait-elle éviter de paniquer ou pire, de vomir sur son amoureux ?

 

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Je me suis concentrée tant que je l'ai pu, affichant un beau sourire, me répétant en boucle qu'il ne s'agissait que de quelques minutes d'enfer à affronter...

 

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L'enfer, ce fut la descente de la mort ; j'ai cru que mon coeur allait cesser de battre.

 

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Nous avons plongé du haut d'une falaise de trois étages, retenus à la vie par quelques mécanismes rouillés et un échaffaudage de bois brinqueballant, et j'ai dû me retenir de vomir. Ou de m'évanouir.

 

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Corentin était ravi de l'expérience, et tout prêt à recommencer. J'ai dû longuement négocier pour éviter un deuxième tour. Après m'être éclipsée quelques secondes pour me remettre discrètement - mon teint verdâtre n'étant pas des plus seyants.

 

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Bref, je lui ai proposé de choisir n'importe quelle autre attraction ou activité pour m'épargner le grand huit...

 

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Le sort s'acharnant sur moi, il s'est précipité dans la maison des horreurs. De la fenêtre, je voyais passer les suaires tremblotants des fantômes errants ; de l'extérieur, j'entendais déjà les craquements sinistres et les gémissements terrifiants qui provenaient de l'intérieur... J'ignore vraiment, cher Journal, où j'ai trouvé le courage de franchir la porte...

 

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Ce que je peux dire, c'est qu'un malheur ne venant jamais seul, une étrange malédiction m'a frappé durant cette épreuve. Ma terreur était si intense qu'elle m'a transformée en une créature aussi fantomatique et terrorisée que les habitants de cette bicoque... Affolée, je ne parvenais plus à reprendre mon souffle, et mon sang semblait s'être figé dans mes veines.

 

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Il m'était impossible d'affronter le regard de Corentin dans ce triste état. Je me suis éclipsée en profitant de la foule, et j'ai tristement passé ma soirée à potasser les coniques, en attendant de retrouver mon état normal.

 

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Cette mésaventure a néanmoins eu le mérite de renforcer ma motivation dans l'apprentissage des arts martiaux. Le lendemain, dès mon réveil, je me suis lancée dans la plus longue séance d'entraînement de ma vie.

 

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Répéter inlassablement les mêmes mouvements, tendre à la perfection physique, se concentrer encore et encore, éloignent mes pensées de l'angoisse.

 

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Je peux, cher Journal, me montrer fière de moi sur ce point : je progresse, indiscutablement.

 

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Je n'oublie pas non plus les consignes de mon maître : pour devenir un artiste martial accompli, il faut non seulement maîtriser la technique, la gestuelle, mais encore posséder un corps harmonieux, puissant et endurant. Par conséquent, je sue et je souffre durant de longues heures de musculation.

 

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Et je conclus mon entraînement, dès que le temps le permet ( comme je l'ai écrit, Journal, j'ai peur de l'orage) par quelques foulées.

 

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De fait, je pourrais améliorer mes capacités athlétiques de manière beaucoup plus rapide et indolore, via Colère, le dragon rouge. Ses pouvoirs accordent des talents qui ne seraient acquis sinon qu'au prix de longs efforts.

 

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Mais, après réflexion, je préfère m'abstenir de la magie de Colère. Je subodore que le chemin à parcourir compte autant dans mon apprentissage que le résultat obtenu. Et, dans cette optique, je préfère acquérir chaque muscle à la sueur de mon front. Je ferais n'importe quel effort pour mériter qu'un jour la peur me soit ôtée.

 

Cher Journal ;

 

Une fois de plus, mon absence totale de courage s'est brillement démontré ce soir. Aedan et Natty étaient sortis, pour un concert auquel ils rêvaient depuis plusieurs mois ; les parents étaient à la Ferme, pour les semailles de printemps ; et je demeurais seule, aux Tourelles, à réviser comme souvent mon algèbre. C'est alors que le cambrioleur est survenu.

 

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Il s'est glissé dans l'obscurité, comme une ombre malfaisante, faisant craquer sous ses pas les brindilles du jardin et les gravillons de l'allée.

 

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J'ai perçu son arrivée, abandonné mon ouvrage... La pensée confuse qu'il fallait appeler la police m'a traversé l'esprit, désespérément lointaine. Paralysée, je ne parvenais plus à réfléchir, ni à agir. Je n'ai réussi, dans un dernier sursaut de panique, qu'à me précipiter dans ma chambre...

 

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Et, pendant que l'artisan du Mal arpentait les Tourelles, faisait tranquillement son choix en ricanant parmi nos meubles bien aimés... 

 

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...  L' héritière du domaine ( moi, Jounral) s'est évanouie de peur,sans esquisser un geste susceptible de l'interrompre.

 

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Les autres sont rentrés pour constater la triste situation ; son méfait accompli, le malfaiteur avait disparu dans l'obscurité. Moi, je n'avais toujours pas repris connaissance.C'est une bien terne et inutile héritière qui a cassé sa tirelire pour racheter le piano et les tableaux manquants. Maman n'a rien dit, et a investi dans une alarme. 

 

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Maman, ces derniers temps, malgré ses louables efforts pour légiférer sur ses thèmes de prédilection, abuse de sa position dominante. Notre famille est devenue sous sa gouverne fabuleusement riche, et maman investit notre fortune dans l'immobilier, profitant de ses connaissances des travaux futurs pour spéculer sur le prix des terrains, jouant de son influence pour obtenir les marchés les plus juteux, se livrant à un véritable trafic d'influence.

 

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Elle s'est ouverte de ces douteuses activités à Natty, se glorifiant de lui favoriser son activité de paysagiste, en éliminant sans scrupule les dossiers concurrents...

 

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Natty est honnête, fière de ses talents, et désireuse de faire ses preuves sans tricher. Autant dire que l'initiative de Maman n'a pas remporté son assentiment.

 

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En fait, elle s'est mise dans une colère homérique, déclarant tout de go que Maman était priée de corriger ces malversations ; et qu'à la moindre récidive, elle, Natty, quitterait les Tourelles, en emmenant Aedan.

 

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Mon frère m'a confié qu'il soutenait sa petite amie. La vie aux Tourelles, ou plutôt l'omniprésente personnalité de Maman, lui pèse. Il caresse la pensée d'emménager chez lui un jour ; mais "p'tit bouchon, les parents sont trop vieux ; si je veux être sûr de t'épargner les services sociaux, il me faut encore attendre ta majorité". En fait, Aedan subit les dictats maternels par amour pour moi...

 

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J'adore mon frère ; je n'avais pas réalisé à quel point son départ était proche, mais je sais que nous resterons toujours complices.

 

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En attendant, l'heure est à la conciliation. Aedan a intercédé auprès de Maman, expliquant à nouveau avec calme et diplomatie les raisons de la colère de Nat'. Lui demandant de ne surtout pas interférer avec les activités professionnelles de cette dernière. Et Maman, toute confuse, a acquiescé. Elle était surtout mûe par la peur de voir partir son fils bien aimé, j'imagine, mais du moins, le calme est revenu.

 

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Maman a promis de s'amender, Aedan l'a convaincue de son amour filial, et tout est rentré dans l'ordre... Jusqu'à la prochaine anicroche entre Maman et Natty. Entre ces deux personnalités explosives, le torchon n'a pas fini de brûler...

 

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Quant à moi, cher Journal, je veille à mes priorités : m'entraîner, me discipliner, et surtout : séduire Corentin. il est vraiment craquant, et je tiens désespérément à lui plaire. On est bien jeune encore pour penser à l'avenir, mais je caresse parfois le rêve d'une longue vie à ses côtés, de romantiques discussions passionnées sur les bougies et les cylindres... De le voir offrir à nos enfants tout un lot de petites voitures et de circuits...

 

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Petit à petit, je l'apprivoise, et je fais évoluer notre relation.

 

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Je crois qu'il a bien compris que je n'étais pas réticente à quelques interactions romantiques, et que j'étais prête à déborder du seul cadre de l'amitié.

 

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J'avais le coeur qui battait la chamade, mais à ma crainte se mêlait une délicieuse excitation...Un sentiment d'effroi, de jubilation, et d'émotion pure... Cette peur ci, je veux bien la revivre. J'espère bien la revivre chaque jour à ses côtés.

 

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Ce jour là fut une magnifique  journée. Il n'y eu ni sortilège, ni charme, ni potion, ni  apparition d'un génie accommodant, mais j'ai vécu une journée véritablement magique.

 

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Nous avons échangés nos pensées et nos baisers tout au long de l'après midi. Peut être aurais je dû à ce moment là lui parler de mon travers, de cette frousse qui me pourrit la vie. Mais je ne l'ai pas fait. Pas pour lui cacher quelque chose, pas pour me faire passer pour meilleure que je ne suis, simplement... parce que je n'y ai plus pensé.

 

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Ce fut, définitivement, une journée fabuleuse.

 

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Corentin et moi sommes ensemble. La vie est devenue d'un coup mille fois plus belle.