Cher Journal ;

 

Tout s'est bien passé en fin de compte. La greffe de peau a pris sans surinfection, et Corentin n'a été hospitalisé que quelques jours. La vie a repris son cours normal.

 

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Mélusine et moi nous occupons de l'éducation des petits, qui n'est pas encore acquise. Je leur enseigne la marche, le pot et la parole, elle s'occupe de fournir le soutien logistique des couches propres et des biberons tièdes. De cette association naît une nouvelle complicité entre nous, et peu à peu, les bambins progressent vers l'autonomie.

 

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Mon aînée continue sa névrose d'économies forcenées. Elle ne souhaite plus manger que des restes, scrute les promotions et découpe, chaque matin, les divers bons de réductions qu'offre le "Dragon Valley News".

 

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Xhin est vraiment un bébé adorable, qui babille sans cesse. J'adore le câliner et écouter ses onomatopées.

 

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Mélusine, toujours entièrement dévouée à sa famille, chatouille et taquine de préférence Elouan, qui est beaucoup plus joueur. Les rires résonnent dans la nursery.

 

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Quant à Corwin, il a découvert les joies de la piraterie sur le navire à bascule, non loin du bac à sable qui fait office de plage.

 

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Ses notes sont quand même loin d'être satisfaisantes, mais sa soeur aînée adore l'aider à faire ses devoirs et remonte le niveau du petit par quelques cours particuliers.

 

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L'automne est arrivé sur Dragon Valley. Un automne pluvieux, morne. La récolte, comme prévue, a été excellente. Dommage que quelques plants aient pourri sur pied.

 

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L'automne, c'est aussi la saison des anniversaires ! Les trois petits ont fêté le leur, le même jour.  Nous avons eu une avalanche de gâteaux.

 

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Corwin est devenu un bel adolescent, plus souriant que je ne l'espérais. Il a adopté un profil vestimentaire typique, une coupe de cheveux à grand renfort de gel, et rêve d'un scooter.

 

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Malheureusement il a aussi développé une tendance très nette au désordre et à la crasse. Je n'ose même plus entrer dans sa chambre, tant elle me paraît immonde. Ma culpabilité m'a même conduit à augmenter Augusta, la femme de ménage. J'espère vraiment qu'il arrêtera de ranger les pots de yaourts à moitié vides sous son lit.

 

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Elouan et Xhin ont grandi eux aussi, et partagent la nursery réhabilitée en chambre d'enfants. Ils sont vraiment mignons. Xhin rêve d'aventures et de voyages, quoi de plus normal ? Il poursuit dans son incarnation actuelle la destinée de celui qu'il fut.

 

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Elouan est lui un tout petit peu plus difficile à gérer. Il se montre désormais ombrageux, susceptible, prompt à la colère, et s'enflamme à la moindre phrase malheureuse.

 

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Mais le plus souvent, les deux petits s'entendent comme larrons en foire et partagent leurs jeux. Bref, la vie suit son cours, paisiblement.

 

Cher Journal ;

 

Je craque. Je n'en peux plus. Et surtout je ne sais plus quoi faire, pour sauver ma famille. Pour lutter contre le désespoir. Je n'en peux plus, je n'en peux plus...

 

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Je me suis tant menti à moi-même, cher Journal, j'ai tant menti à tout le monde, même à toi. Parce que la réalité était insupportable. Parce que je ne pouvais pas, je ne voulais pas l'affronter. Parce que je suis plongée dans un gouffre sans fin, dans un océan d'angoisse et de noirceur.

Je t'ai menti depuis le retour de Corentin de l'hôpital. Parce que rien ne s'est déroulé normalement. Parce que mon mari est devenu une épave.

 

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Je l'imagine devant moi, prostré comme à son habitude, muré dans son silence. Le regard halluciné fixant les flammes immatérielles qui ne le quittent plus. Replié sur lui même, pour contenir sa souffrance. Devenant chaque jour plus perdu, plus dément.

 

J'aurais dû me douter de tout dès sa visite de sortie de l'hôpital. Alors qu'il présentait encore des douleurs insoutenables, alors qu'il restait épuisé, sans aucune force.

 

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Je me souviens de notre dernier entretien avant la sortie. Le mandarin qui nous a accueilli avait l'air bienveillant et sûr de lui, mais il a balayé mes inquiétudes comme autant de fétus de paille. "Rien ne vaut la chaleur du foyer", "vivre chez vous évitera les maladies nosocomiales", "l'état de Monsieur Cirkhaën ne justifie plus son maintien dans nos murs"... Il a quand même glissé que la cicatrisation du corps de loup garou de Corentin était impressionnante. Je bouillais de rage ; j'avais épousé quoi, un cas médical ?

 

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Monsieur le Professeur Ponti est supposé être l'un des meilleurs médecins de Dragon Valley. Pardon, LE meilleur. En tous cas, il a admirablement développé le physique de l'emploi... Et la maîtrise du jargon médical, entrecoupé de platitudes qui se voulaient rassurantes, mais qui me semblaient juste parfaitement déphasées de la réalité. Si j'avais su à quel point j'avais raison...

 

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Quand Corentin a évoqué le problèmes de ses douleurs persistantes, le Professeur Ponti a esquivé habilement. "Laissons du temps au temps, Monsieur Cirkhaën. Vous devez à votre.... nature si particulière le fait d'être resté en vie. Je ne doute pas que vos... aptitudes physiques reprendront le dessus". Une élégante façon de dire qu'il ignorait absolument tout des chances de guérison définitive de mon aimé...

 

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Et puis Corentin est rentré. Cependant la souffrance restait là, bien présente. Je le percevais déjà. Je l'observais en cachette, je voyais ses tremblements, ses tics. Je guettais ses rictus de douleurs lorsqu'il se croyait seul. Mais il ne disait rien. N'exprimait rien. Et moi, je ressentais sa faiblesse,  sa détresse, et je voyais la douleur le ronger, jour après jour, en silence.

 

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Il avait le regard hagard, mon Corentin, le regard perdu dans le lointain. La nuit, il se réveillait en sursaut, trempé de sueur, après d'incessants cauchemars. Et moi, sans savoir quoi dire, sans savoir quoi faire, je ne pouvais qu'espérer, et me leurrer, en me disant que tout s'arrangerait. Qu'il fallait laisser le temps au temps.

 

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Mais rien ne s'est arrangé. Corentin s'est de plus en plus isolé, ne nous adressant qu'à peine la parole. Prostré dans son tourment et dans ses souvenirs.

 

Et puis, cher Journal , les choses ont empiré. Par ma faute.

  

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J'avais suggéré avec insistance à mon mari de se forcer à reprendre ses activités habituelles. J'espérais l'aider ! J'espérais le rapprocher de nous, lui faire réintégrer le monde réel.

 

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Mais mon Corentin, si soucieux de sa famille, n'avait plus aucune tolérance aux cris des enfants. Les moindres pleurs lui arrachaient des grimaces... Comme des grimaces... de douleur.

 

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" Ce n'est pas de ma faute, Luciane, leurs cris résonnent dans ma tête, entraînent des migraines insoutenables, se répercutent contre les parois de mon crâne.... Je crois devenir fou. Le bruit entraîne un tel supplice, ils me mettent en colère, je n'arrive plus à me calmer. Je ne voudrais qu'un peu de calme...."

 

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Une telle souffrance... Une telle colère...

 

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Ce fut ainsi que nous réalisâmes que Corentin ne contrôlait plus ses transformations. La moindre contrariété, le moindre bruit le mettait en rage. Il passa en forme lupine ce jour là sans prévenir, au grand effroi des bambins qui hurlèrent de plus belle. Et depuis, ses métamorphoses sont devenues imprévisibles.

 

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Pendant des jours, mon époux a rôdé à travers la maison, comme un fauve en cage, enfermé dans sa souffrance, dans sa colère, dans sa détresse. Comme un monstre incontrôlable. J'ai les nerfs à fleur de peau depuis cette période, Journal ; je sursaute au moindre bruit, je ne franchis plus une porte sans appréhension. Franchir la porte d'entrée des Tourelles, après mon travail, me demande cinq bonnes minutes pour calmer les battements de mon coeur et me recomposer un visage souriant.

 

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Finalement, avec l'aide de Mélusine, nous  avons  déchargé Corentin de tout contact avec Xhin et Elouan. Néanmoins, malgré tout nos efforts, il était illusoire d'éviter tout bruit dans la nursery. A force d'être sur le qui vive, à l'affut des moindres moues des bambins, je me mis moi aussi à trembler d'énervement, mais sans jamais parvenir à obtenir le silence ouaté qu'il aurait fallu à mon amour.

 

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Un bambin qui ne sait pas parler ne s'exprime qu'en pleurant. et dans notre maison étrangement silencieuse, ces pleurs s'élevaient comme une puissante sirène. Comme une alarme avertissant du feu... 

 

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Et les métamorphoses se succédaient, encore et encore.... Peu à peu, mon mari ne vivait plus qu'à l'état de bête.

 

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Mélusine aussi a profondément souffert de la situation. Ce n'est qu'une jeune adolescente, et elle a endossé les responsabilités de maman, de garde malade, d'adulte. Elle n'a plus eu une seconde de loisir depuis le retour de son père, n'a pu lire une seule page, n'a pas touché son échiquier. C'est à peine si elle prend le temps de finir ses devoirs. Elle restait toujours conciliante, toujours souriante, toujours disponible... Et pourtant, elle aussi a craqué à plusieurs reprises, se révoltant contre cette position ingérable.

 

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A son beau sourire et à sa douceur, se substituent de plus en plus souvent une moue hargneuse. Comme le hasard et les poussées hormonales font toujours bien les choses, c'est au cours de ces derniers jours que sont apparues ses premières sautes d 'humeur. 

Quand à Corwin, ses résultats scolaires ne cessaient de chuter. Mélusine a dû rajouter à son emploi du temps déjà surchargé des cours du soir. Du moins leur amitié s'en est- elle trouvée encore renforcée. J'imagine que pour Corwin, entre un papa absent et une maman débordée, la présence de sa grande soeur était un phare dans la tempête.

 

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J'ai appris à haïr le coucher du soleil. Corentin déteste la baisse de la lumière, la chute de la température renforce son supplice. Il hurle alors à la lune, comme une supplique sauvage, glaçant d'horreur toute la maison.

 

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Il est peu à peu devenu si sauvage, si incontrôlable. Si plein d'une violence à peine contenue... La tension monte dès qu'il apparaît dans la pièce. Et j'ai commencé alors à craindre pour sa santé mentale.

 

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Peu à peu, il perdit le sens des limites. Après avoir souffert des hurlements des petits, il n'hésita pas un soir à les réveiller au plein coeur de leur sommeil. Et depuis, je me prends à m'inquiéter quand je dois laisser Mélusine seule avec son père et les enfants.

 

Et puis, lentement, par paliers, l'état de mon mari s'est encore dégradé.
 

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Corentin a cessé de se laver, de se raser. Ses douleurs, ses maux de tête s'aggravèrent encore. Il ne mange presque plus rien ; et dort, dort et dort encore, comme s'il essayait de fuir.

 

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Il a commencé à passer de longues heures, la tête entre les mains, à ruminer de sombres pensées, ou peut-être de douloureux souvenirs. Sa souffrance, je la lisais sur son visage, dans ses mouvements, ses attitudes, dans son silence même. Et, comme une idiote, je gardais mon sourire figé de celle qui pense que tout va s'arranger. Parce que je ne savais pas quoi dire.

 

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Cependant, le silence était encore préférable à ses accès de rage. Il se montrait colérique, humiliant. Rien ne trouvait grâce à ses yeux. Il rabrouait et rabaissait les enfants.

 

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Et si Mélusine ne pipait mot, Corwin explosait, et entrait dans le tourbillon des cris et des insultes. Et, immanquablement, mon fils à son tour se transformait...

 

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Sous leur forme lupine, deux garous se comprennent. Petit à petit, alors que j'espérais que Corwin gagnerait en stabilité, son père l'a entraîné dans sa furie.

 

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Corwin a commencé à me sembler incontrôlable. Il a détruit ses jouets, ses meubles, négligé ses devoirs et ses leçons. Il préférait hurler à la lune avec son père. Il est devenu de moins en moins humain.

 

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La nuit venue, Corentin l'entraînait à ses côtés pour de longues virées nocturnes, à la chasse, à la vie sauvage. Corwin n'était plus son fils, mais un compagnon de meute.

 

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Mon cadet est devenu ingérable. J'ai songé sérieusement à le mettre en pension, tant ses crises de nerfs et ses accès de rage m'épuisaient.

Il passait et passe toujours le plus clair de son temps sous sa forme lupine, et j'ai l'impression de vivre dans une savane, à la merci de grands fauves irritables, qui m'attendent, qui me guettent.... Je n'en peux plus, Journal. Je n'en peux plus.

 

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Plus étonnant encore, Corwin a agressé même sa soeur bien aimée. Pauvre Mélusine, elle qui est un tel support, mon soutien, sans lequel je ne pourrais tenir, elle qui s'efforce toujours de tempérer tout le monde. Elle ne mérite pas cela.

 

Et puis, cher Journal, Corentin s'est mis à boire.

 

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Nous n'avons jamais rien eu contre un verre de nectar, partagé après le coucher des enfants, en devisant gaiement des anecdotes de la journée. Un verre. Pas une bouteille. Pas trois ou quatre.

 

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Et Corentin s'isolait pour boire, le soir, comme pour s'assommer avant la nuit. Il ne tolérait aucune présence à ses côtés quand il avalait ses verres, mécaniquement, comme s'ils n'avaient plus aucun goût, aucune vertu, que celle de lui permettre de dormir.

Je sais qu'il continue à revivre les flammes dans ses rêves.

 

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J'ai pris le taureau par les cornes et je lui ai confié mon inquiétude. Ce fut difficile ; je ressens tant ses souffrances que je n'ose même pas lui parler, de peur de les raviver, de le blesser une fois de plus. Cependant, là, je ne trouvais pas d'autre solution....

 

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Ce fut un moment de partage, un moment poignant, mais beau malgré tout. Il m'a parlé de ses nuits peuplées de cauchemars, et de ses jours. Parfois, les flammes apparaissent devant ses yeux, sur une illusion, un éclat de soleil dans un miroir. Et il revit brutalement son martyr. Les images de l'incendie ne le quittent pas.

 

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Nous avons convenu de retourner voir le Docteur Ponti.  Corentin est manifestement dans un état de stress post traumatique, il n'y a pas besoin d'avoir fait médecine pour le voir. Et dans ce contexte psychologique, ses souffrances physiques ne peuvent que perdurer.

 

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Ce coup ci, mon époux a tout rapporté, sans fausse pudeur. Il s'est littéralement mis à nu, rapportant son alcoolisme débutant, son instabilité, ses crises de rage, ses angoisses et ses flashes. 

 

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"Que voulez vous, Monsieur Cirkhaën, c'est déjà un miracle que vous soyez en vie. Laissons le temps au temps...."

Nous sommes reparti sans répondre.

 

 Et puis, Cher Journal ? Corentin s'est plongé au retour de l'hôpital dans une longue période de recherche.

 

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Au début, j'y ai vu un signe de progrès, avant de me rendre compte qu'il étudiait les médecines alternatives. Heureusement qu'il reste trop intelligent pour échouer entre les mains de n'importe quel charlatan ; en revanche, sa nouvelle passion pour les thérapies par les plantes a renforcé mon anxiété. Je suis agricultrice , j'étais pleinement consciente qu'il ne faut pas user de n'importe quel végétal de n'importe quelle façon...

 

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Corentin, lui, s'est essayé à plusieurs reprises à la consommation d'herbes. J'eus beau lui faire part de mes réticences, des risques, il ne m'a pas écouté.

 

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Évidement, il a présenté tous les effets secondaires possibles de ses nouvelles "thérapies".

 

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Il est devenu presque en permanence malade, nauséeux, lorsqu'il n'était pas plongé dans une hébétude proche de la somnolence. Entre nous, le contact s'est amenuisé. Je n'arrivais plus à communiquer avec lui. Et je n'arrivais plus à lui transmettre de l'espoir. 

 

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Il a craqué complètement, et j'ai vu l'homme que j'aime se transformer en épave sous mes yeux. Je serais prête à faire n'importe quoi pour l'aider, mais je ne sais rien proposer qu'un sourire et qu'un optimisme de façade. J'ai évoqué la possibilité de consulter un autre médecin, à Bridgeport,peut-être...

 

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Sa réaction a été plus que vive : violente. Il refuse catégoriquement toute nouvelle confrontation avec un membre du corps médical. Il n'est pas un cas clinique à étudier, en attendant de pouvoir le disséquer...

 

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Mélusine, accro aux études comme elle l'est désapprouve son père. Pour elle, il existe forcément une solution scientifique tant à sa souffrance physique qu'aux tourments de son âme. Reste à la trouver. Mais avancer contre la volonté de Corentin... Comment faire ? Comment peut-on obliger quelqu'un à se soigner, surtout sans certitude du résultat ?

 

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Ma fille chérie s'est plongée dans une profonde réflexion. Nous sommes restées là longtemps, côte à côte, en ressentant cette même terrible impuissance... Sans Mélusine, je ne sais pas si je tiendrais le coup.

 

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Mélusine a pris les choses en main. Corentin refuse toute solution scientifique issue de la communauté médicale, mais pourra-t-il refuser une tentative à sa propre fille bien aimée ?

 

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Elle s'est donc fait construire, en lieu et place de l'ancien atelier dévasté, une unité de recherche high tech où elle se plonge dans les mystères de la sciences, avec un seul objectif, une seule obsession : soulager son père.

 

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Elle a la tête qui bourdonne de théories et d'hypothèses, et n'hésite pas à se servir d'elle même comme cobaye. La science est devenue pour elle une véritable obsession. Mais si elle prétend qu'elle avance, de solution, elle n'en a hélas trouvé aucune.

 

Et puis, cher Journal, comme si c'était encore possible, Corentin m'a infligé une nouvelle blessure. Et se l'est infligée à lui même.

 

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 Il a encore maigri, son visage se creuse. Il prend de plus en plus un regard dément. Ses yeux sont enfoncés dans ses orbites. Lorsque je me réveille en sursaut, la nuit, je vérifie qu'il respire encore.

 

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Et puis en cherchant une babiole, une broutille, j'ai trouvé dissimulé au fond d'un tiroir un petit sachet de poudre blanche...

 

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Mon Dieu, je m'attendais à tout, sauf à cela. Et pourtant... J'aurais dû le voir venir. Les herbes... Sa douleur incontrôlable, sa maigreur, son indifférence pour tout et pour tous... J'aurais dû y penser.

 

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Corentin était parti faire un tour dans la Duesenberg, cette voiture qui nous fut si chère, le symbole de notre amour, et qui maintenant est synonyme de fuite et d'isolement. je pensais qu'il essayait de trouver du calme ; peut être, réalisai-je, ne cherchait-il pas tant être à l'abri des bruits de sa maisonnée qu'à l'abri de tout regard...

J'ai craqué. Je l'ai agoni d'injures. Toute ma tension nerveuse s'est déchaînée en cet instant. Je ne pensais plus qu'au risque qu'il avait fait courir aux enfants. Et si l'un d'entre eux l'avait trouvée, cette poudre ?

 

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Il a tenté de s'excuser, de s'expliquer. S'expliquer de quoi ? La situation me paraissait assez claire... La plus grande dispute de notre vie a duré près de deux heures. Puis, il a juré solennellement de ne pas rapporter de substances illicites aux Tourelles.

 

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Et puis nous avons parlé, pour la première fois depuis très longtemps. Et pour la toute dernière fois. Depuis, il s'est figé dans son mutisme. Il m'a parlé de la Duesenberg, de la vitesse, du volant qui pourrait échapper à son contrôle... De la fin de tout ce supplice...

 

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 Mon Dieu, protégez nous. Je ne suis pas prête à le laisser partir.

 

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Et pourtant, cher Journal... Et pourtant...

 

Cher Journal ;

 

Un jour, l'aube se lève sur un ciel sans nuage.

 

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C'est mon petit génie de fille bien aimée qui a trouvé la solution, ou du moins, le début d'une piste. Elle s'est empressée d'en faire part à son père.

 

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Et elle lui a offert le résultat de ses recherches. Une graine. Une simple plante, modifiée génétiquement. Une fleur de cristal.

 

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Chaque jour, Corentin en se levant se rend à la fleur de cristal et décharge toute sa colère, tout son stress, toutes ses pulsions négatives. Il peut lui parler pendant des heures. Puis, il revient apaisé. Il dort mieux.

 

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Et il mange à nouveau ! Il mange, régulièrement, de petites portions parce qu'il est rassasié en quelques minutes, mais il prend des repas, et y trouve du plaisir.

 

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Il a pris conscience de sa déchéance physique. Il a recommencé à se laver, à se raser. Mélusine s'est chargée de lui couper les cheveux et j'ai refait une nouvelle garde robe à sa taille.

 

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Il a eu l'air d'apprécier sa nouvelle apparence...

 

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Il a même appris à Corwin à conduire. Ce dernier était ravi, et a montré une aisance avec la Duesenberg que n'avait certes pas sa soeur ! Cependant, je lui ai refusé le scooter.

 

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J'ai pu me consacrer de nouveau aux cultures, qui en avaient bien besoin. De nombreux plants sont morts, faute de soin. J'ai replanté avec de meilleurs sarments.

 

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J'ai même pris le temps de taquiner un peu Marguerite, notre vache, et cela m'a fait un bien fou. L'exercice physique a libéré la tension accumulée ces derniers temps, et la joie de la victoire m'a ravie !

 

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Depuis que son père lui parle à nouveau, Elouan fait moins de crises de rage. Il peut désormais se détendre paisiblement avec Xhin sans que le jeu ne dégénère en dispute.

 

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Corentin continue à exprimer sa colère auprès de la fleur de cristal. Matin et soir, par tout les temps, il passe du temps à transférer ses pulsions de violence.

Il souffre toujours physiquement ; mais psychologiquement, il va nettement mieux.

 

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Et il mange de grand appétit ! Peu à peu, il reprend du poids. Je passerais des heures à le voir dévorer tout les petits plats qui lui tombent sous la dent. J'ai tant pensé le perdre.

 

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Il n'a pas repris sa carrière d'inventeur, et je dois avouer que je n'y tiens pas. J'aurais trop peur d'un nouvel accident. Mais il se rend utile dans la maison, réparant les objets cassés, aidant ses fils avec leurs devoirs.

 

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Nous avons de nouveau des moments de complicité, de tendresse....

 

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Et, malgré ses douleurs séquellaires, notre vie romantique a pu reprendre à nouveau. La première fois que nous avons refait l'amour après tant de mois, j'ai dû cacher mes larmes, tant je me sentais envahie par un trop plein d'émotions.

 

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Tout n'est pas résolu, bien sûr ; la composante physique de sa peine, cette brûlure permanente qu'il ressent dans sa chair, sous ses cicatrices, ne s'est pas atténuée. Il apprend seulement à vivre avec.

 

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Mélusine a une théorie à ce sujet : elle pense que les sens exacerbés des loups garous pourraient également être en cause dans l'intensité de la souffrance physique. Que, de la même façon que Corentin sent des odeurs qui nous échappent ou entend un murmure à cent mètres, il perçoit ses douleurs cicatricielles comme un feu dévorant, là où un humain ou un sorcier ne ressentirait qu'une gêne désagréable.

 

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"Donc, si j'ai bien compris," a conclu Corentin, "me transformer en humain, me "guérir" de ma lycanthropie, atténuerait mes souffrances ?" Mélusine a acquiescé. Une thérapie gènique pourrait selon elle le soulager. Une thérapie gènique, ou la magie...

 

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Il lui faut y réfléchir. Ce n'est pas rien, renoncer à tout un pan de son être sur la foi d'une simple hypothèse. Même énoncée par un génie.

 

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Il faut qu'il y réfléchisse...