Cher Journal ;

 

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Je suis donc retournée aux Tourelles, dans un petit matin de printemps frisquet. Cela  m'a émue de revoir la demeure familiale, mais une sensation d'étrangeté m'a saisie devant l'immuabilité de la bâtisse : rien n'avait changé, comme si la vie s'était arrêtée pendant mon absence, comme si je revisitais le château de la Belle au bois dormant, que j'allais réveiller par mon retour.

 

 

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J'ai retrouvé mes parents, égaux à eux mêmes. Bien évidement, j'ai bénéficié d'innombrables félicitations pour mon diplôme et ma mention. Cela m'a touché, je dois l'avouer ; pourtant, les choses sérieuses - la médecine - ne commencent que maintenant. Ce diplôme est une clef, mais il n'ouvre qu'une porte d'entrée.

 

 

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Ma complicité avec mon père n'a pas changé, ou peut être que si ? J'ai raconté la fac en détail, ma déception par rapport aux faibles exigences des autres étudiants, la beauté du campus, les rires et les fêtes, ma joie de comprendre enfin la science dans ses plus petits détails.

 

 

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Mais je n'ai pas pu parler de Yannis. Ni de Sunlet Tides.

 

 

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Le lendemain, dès l'aube, j'avais mon rendez vous d'entretien initial avec mon tuteur. Je suis stagiaire en médecine désormais, habilitée à examiner des patients ( en me lavant bien les mains), à rédiger des ordonnances ( qui seront visées par l'interne) et à faire des gardes. Évidement, il fallait que mon mentor soit le professeur Ponti, l'ancien médecin de papa. 

 

 

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On ne peut pas dire que l'entrevue ait été chaleureuse.  Après un bref commentaire désobligeant sur les dangers des expérimentations magiques dans le domaine sacré de la médecine pure, des effets incontrôlés de l'alchimie sur la population, il m'a vivement déconseillé de m'y risquer. Le sous entendu était clair : tout acte de magie était proscrit sous peine d'exclusion, et il regrettait infiniment de ne pas pouvoir m'exclure de façon préventive, moi, la sorcière. Le bûcher n'était pas loin...

 

 

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J'ai bien compris, je suis restée polie, j'ai acquiescé. Je serai une stagiaire modèle passive et consciencieuse, et je prendrai soin de demander à l'interne son avis sur mes diagnostics et de m'y ranger, même s'il a tort. Et je me laverai bien les mains. Je tiens à finir ma médecine. Une fois à la place du professeur Ponti, j'aurai les mains libres, et je prendrai alors le meilleur de la médecine et de la magie pour assurer les meilleurs soins. En même temps, je ne suis pas certaine de savoir dans quel sens se tient ma baguette. 

 

 

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La vie a repris son cours comme à l'ordinaire. C'est fou comme les fournitures médicales sont coûteuses, un stéthoscope digne de ce nom atteint les 700 simflouzs. J'ai toujours l'impression étrange de vivre à côté de ma famille. Les horaires délirants de ma fonction aggravent encore les choses.

 

 

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Nous avons fêté l'anniversaire des petits ! Xhin est devenu un adolescent craquant, je plains les filles qui le croiseront.

 

 

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D'autant qu'il est devenu très à l'aise avec les jeunes. Les bougies soufflées, il s'est aussitôt inscrit à plusieurs clubs, sport, bien sûr, mais aussi écriture et musique. 

 

 

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Son alter ego habituel, mon petit frère Elouan, a bien évidement fêté son anniversaire le même jour. Nous aurons double ration de restes de gâteaux.

 

 

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Conclusion : les jeunes filles du club de sport auront une double occasion de mouiller leurs mouchoirs en pleurant sur ces superbes jeunes gens qui les ignorent... Elouan est beau. Mon petit frère a seulement regretté que nous n'ayons pas de piscine, car il se voit bien passer sa vie au bord de l'eau... Brrr.

 

 

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Comme depuis toujours, ils partagent la même chambre, où les plumes volent. Leur amitié reste inébranlable. Ils évoquent vraiment Montaigne et la Boetie, vivant l'un pour l'autre avant tout.

 

 

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Bien évidement, ils se sont aussitôt rués sur le matériel d'entraînement de Maman. Deux artistes martiaux en herbe s'échauffent désormais le matin sur notre pelouse. Xhin rêve déjà de voir Shang Simla, la terre de sa vie antérieure... Je sens qu'un grand voyage s'annonce pour ces deux là, sitôt le lycée fini. 

 

Cher Journal ;

 

J'ai dû me montrer suffisamment passive, attentive et pleine d'humilité. Le Professeur Ponti m'a annoncé ce matin qu'il allait me confier mon premier patient. J'en serai responsable, et si l'interne reste disponible, je resterai décisionnaire pour cette jeune femme.

 

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Je l'ai remercié avec chaleur ( et une bonne dose de feinte humilité, pour assurer le coup). Je jubilais. Enfin, j'allais faire mes preuves... et enfin, j'allais aider quelqu'un. 

 

 

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Anne S., ma patiente, souffre d'une toux persistante avec vertiges et acouphènes. Je subodore une tuberculose avec atteinte méningée. Je l'ai examinée avec conscience, lui ai fait subir divers examens, et mon diagnostic semble confirmé.

 

 

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Après ça, je me suis soigneusement lavé les mains.  Et pas pour faire plaisir à l'équipe. Si papa, ou quelque membre de ma famille, tombait malade à cause de moi ? Je ne me le pardonnerais jamais.

 

 

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Les horaires sont vraiment éprouvants. je commence à 9h, et je finis ... quand j'ai fini, quand il reste des milliers de choses à faire, mais aucune qui ne puisse attendre le lendemain. Nous sommes en avril, et je sors à la nuit noire. Je vois à peine la lumière du soleil, sur mon balai, le matin, en me rendant à l'hôpital. Je suis de garde une nuit sur trois.

 

 

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Inutile de dire que je ne lis plus, que je ne joue plus aux échecs, que j'échange à peine quelques mots avec le reste de la maisonnée. Mes objectifs une fois à la maison sont simples : manger le plus vite possible ; me doucher le plus vite possible ; et dormir.

 

 

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Et lorsque le bipper sonne, hagarde, je m'habille en vitesse et j'enfourche mon balai dans un demi sommeil. Heureusement que les accidents de balai sont rares ; l'autre jour, un interne s'est tué. Il s'était endormi au volant. Je carbure au café, aux potions de maman, et j'attends les dimanches pour dormir, dormir, dormir...

 

Cher Journal ;

 

Anne S. est en train de se remettre, tout doucement. Elle supporte mal le traitement - qui est lourd. Les manuels décrivent les traitements comme une solution mais que se passe-t-il quand ils deviennent un nouveau problème ?

En tout cas, le professeur était content de moi. Mes anti tuberculeux semblent assez classiques et pas du tout magiques, et j'ai été promue au rang d'interne.

 

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Je suis enfin un médecin à part entière ; il va falloir que je pense à écrire ma thèse ( j'ai encore un créneau dans mon emploi du temps, entre deux et trois heures du matin). Je suis fière, Journal, comme je ne l'avais jamais été.

 

 

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Bon, maintenant, il faut se remettre aux études. La formation médicale continue, ce n'est pas un vain mot, car la médecine progresse  vite. Pas assez pour que les anti tuberculeux soient bien supportés, mais vite. Je dois donc lire et relire d'absconses revues médicales, complexes même pour mon génial cerveau. Je rêve de me plonger dans un roman ou un recueil de nouvelles, mais je n'en ai plus le temps.

 

 

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Mes parents se portent magnifiquement bien et continuent à se témoigner un amour passionné. J'aimerais d'ailleurs bien qu'ils cessent de s'embrasser en ma présence. Ma vie sentimentale demeure un vide sidéral ; en même temps, avec mes horaires, je ne vois pas quand j'aurais le temps de rencontrer quelqu'un.

 

 

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Mon frère Corwin passe ses journées à cheval, et ses soirées à roucouler avec sa belle. Nous avons un peu parlé de son avenir. La fac ne le tente pas ; il ne désire qu'explorer les confins de notre vallée qu'il aime tant, et vivre de sa chasse. Il profite de sa vie, de la nature, de notre environnement magnifique, que je ne vois presque plus. Je l'envie. Mais je suis médecin.

 

 

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Un médecin qui ne tiendra plus longtemps à ce rythme là s'il ne prévoit pas quelques jours de vacances... Je commence à ressentir des courbatures dès mon réveil, et une vague nausée m'accompagne à chaque instant. La fatigue.

 

 

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On me demande en outre - j'ai découvert avec horreur que cela entrait dans mes attributions - de tester de nouvelles molécules. Je ne suis pas du tout, mais pas du tout emballée par cette partie de mon travail. A chaque expérimentation, je me demande si je ne devrais pas rédiger mes dernières volontés.

 

 

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Je dors désormais habillée les nuits de garde. Cela me gagne du temps, et chaque minute de sommeil est bonne à prendre.

 

Cher Journal ;

 

Aujourd'hui, c'est la journée de l'amour. Pas de petit ami pour moi en vue, mais je ne travaille pas, et je ne suis pas de garde ! 

 

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Je me suis réveillée après une nuit de douze heures, sereine et radieuse. J'ai même pris le temps de rêvasser un peu avant de passer à la suite. Comme cela m'a fait du bien ! Une longue journée de repos m'attendait ; et j'avais prévu un vaste programme : ne strictement rien faire !

 

 

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L'envie m'a saisi d'aller pêcher. Mettre un peu mon nez dehors, voir la lumière du printemps s'étendre sur la vallée, les dernières brumes s'évanouir sous la caresse des rayons de soleil. Moi qui n'avais jamais été passionnée par la pêche, je me sentais heureuse de simplement contempler les bulles qui éclataient à la surface de l'étang et la surface de l'eau ridée par le vent. Seul le froid m'a fait revenir aux Tourelles.

 

 

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Là, j'ai pu passer un long moment à discuter avec mon bien aimé frère Corwin. Nous nous sommes enfin retrouvés, alors que depuis mon retour mon emploi du temps de marathonienne m'empêchait de passer du temps à ses côtés.

 

 

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Mon frère préféré, mon compagnon de toujours, si différent et si indissolublement lié à ma vie... Dans quelques jours, il sera adulte. Il se mariera sans doute dès qu'il le pourra et partira de la maison. Il me manquera.  

 

 

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Mais je n'ai pas oublié mon autre petit frère ! Pas de favoritisme, j'ai passé un bon moment à ses côtés également...

 

 

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Nous avons également fêté l'anniversaire de mes parents. Ils sont si heureux de vieillir ensemble ! Ils vont fêter bientôt leur anniversaire de mariage, et s'en réjouissent pleinement. Les difficultés de la vie, l'accident de mon père, ont abouti en fin de compte à les souder plus encore, à forger un amour exceptionnel, à l'épreuve des flammes.

 

 

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Je trouve qu'ils ont magnifiquement vieilli. L'âge a donné à mon père une nouvelle douceur dans son visage ascétique. Quant à ma mère, elle irradie de beauté. 

 

 

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Et c'est là que ma journée s'est assombrie. Ma mère n'a eu de cesse, sitôt les acclamations finies, que d'avoir une conversation privée avec moi. Elle a essayé de le faire avec tact, mais le sens de son discours était clair : c'était bien beau de passer mes journées (et mes nuits) à l'hôpital, mais elle ne rajeunissait pas... Quand trouverais-je le temps de la remplacer à l'exploitation familiale ? Elle m'aiderait tant qu'elle le pourrait, mais elle n'était pas éternelle... Et surtout, quand me marierais-je ? Quand pourrait elle faire sauter une petite fille sur ses genoux ? Comme si ces pensées ne m'étaient pas récurrentes, comme si elles ne hantaient pas mes nuits... Comme si je ne rêvais pas, moi pour qui la famille passe avant tout, d'être mère et épouse à mon tour.

 

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J'ai essayé de lui expliquer que je ne serais pas interne toute ma vie, mais que pour l'instant ma carrière primait sur ma vie personnelle. Et j'ai laissé échapper que tout le monde n'avait pas la chance de rencontrer un homme comme mon père... Les hommes que je connais, elle ne souhaiterait certes pas les avoir pour gendre ! Et je n'allais pas épouser un imbécile ou un égoïste juste pour satisfaire ses desiderata...

Le ton a monté, petit à petit...

 

 

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Bref, nous nous sommes un peu disputées... Ce d'autant plus qu'elle sait fort bien à quel point je rêve de me marier, et d'être mère... Elle ne comprend simplement pas que je rêve tout autant de voir ma carrière aboutir, elle qui pour seule profession s'est consacrée à la Ferme. Elle n'a pas saisie que je suis déchirée entre ces deux désirs, ces deux besoins, que j'enrage de les voir si incompatibles....

 

 

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J'ai pris sur moi. Ma mère est une vieille dame, il m'a semblé inutile de nous brouiller. J'ai fini par l'assurer que je n'attendais pour me marier que l'âme soeur, que je ne laisserai pas la médecine m'éloigner de l'autel, et nous nous sommes enlacées tendrement. Puis je suis montée dans ma chambre, pour pleurer.

 

 

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Comment allais-je faire pour rencontrer quelqu'un, avec mes horaires absurdes ? Comment ? Est-ce que j'allais vivre une vie solitaire, m'éloignant de ma famille, décevant Maman, en allant de gardes en gardes, en me consacrant à tous et à toutes sans jamais trouver le temps de m'occuper de moi ?

 

 

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C'est décidé, Journal, je prends un congé sans solde. J'ai besoin de réfléchir.

 

Cher Journal ;

 

Comme c'est étrange de se réveiller de soi même, sans sonnerie stridente qui vous arrache des limbes.

 

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J'ai quand même pris le temps de lire mes revues médicales, sans crainte d'une interrogation surprise. Car le professeur Ponti - comme tous les mandarins - adorent interroger les internes pendant la visite. Et gare à celui qui ne connaît pas la réponse ! Outre l'humiliation de se voir ridiculisé devant toute la cohorte des autres étudiants , l'interne déficient se voit chargé de tout le travail ingrat du service...Je déteste cela. Comme je déteste les visites où nous entrons en troupeau dans la chambre des malades effrayés, pour parler de leur cas devant eux, comme s'ils étaient absents, ou comme s'ils n'étaient pas dignes de participer à l'échange.

 

 

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Je suis retournée au petit parc où j'avais pêché la veille. Il m'a semblé illusoire de réfléchir à mon avenir aux Tourelles. Et j'éprouve le besoin d'arpenter ma vallée, de goûter sa beauté et sa douceur un peu sauvage.

 

 

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Je reste certaine d'avoir fait le bon choix en refusant de suivre Yannis à Sunlet Tides. Aucun cocotier n'arrivera à égaler mes cerisiers et mes ormes ambres, caressés par le vent. Dragon Valley est le lieu où mon coeur se sent chez lui. Mais dois je y vivre comme sorcière ou comme médecin, nul ne peut m'aider à trouver la réponse.

 

 

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J'en étais là de mes réflexions quand j'entendis une voix m'appeler : - Mélusine ! Une voix surgit des ombres du passé...

 

 

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Mme Nouvelois, ma vieille prof de physique ! Elle faisait sa promenade matinale dans le parc, et plongée dans mes pensées, je ne l'avais pas vue. J'ai éclaté, je lui ai raconté mon dilemne, à elle qui m'avait tant poussée à perfectionner mon don pour les sciences, tant incitée à me rendre à la fac... Et maintenant, j'hésitais à démissionner.

Sa réaction a été moins sèche mais tout aussi affirmée que dans mon souvenir. Je n'y pensais pas ! C'était inconcevable, inadmissible ! Je n'allais pas m'enterrer dans une vie d'agricultrice qui ne me satisfaisait pas, où je gâcherais mes aptitudes hors du commun. Devant la diatribe, je frémis ; ce n'était pas une déchéance que de s'occuper de l'exploitation, tout de même ?

 

 

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Elle a bien vue ma réaction, et s'est radoucie. Elle m'a interrogée sur les satisfactions que je pouvais éprouver à étudier sans cesse, à découvrir chaque jour de nouvelles données, à être toujours à la pointe des connaissances humaines... Cela m'intéresse, cela m'enthousiasme, c'est indubitable.

Et les patients ? Ah, les patients... Savoir qu'on a changé une vie pour le meilleur, ou du moins, qu'on a essayé... Mais il y a si peu de retour, si peu de victoires contre la maladie, pour tant d'échecs et pour tant d'amertume...

C'est alors qu'elle m'a suggéré une option...

 

 

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Si les patients ne nous donnaient pas de nouvelles, rien ne nous empêchait d'aller en prendre. J'enfourchai mon balai et m'en fus sonner chez la famille S.

 

 

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Je trouvais Anne S. au fond de la cour. Je faillis ne pas la reconnaître. La dernière fois que je l'avais vue, elle restait pâle, un peu hagarde, assommée par le traitement. Là, toute pimpante, maquillée, elle arrosait ses fleurs...

 

 

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Elle eut un mouvement pour me prendre dans ses bras, s'arrêta, gênée. Ce fut son premier geste en me reconnaissant. Il me fit chaud au coeur. Nous parlâmes longtemps, de son rétablissement, de ses projets. Elle avait pu reprendre le travail, attendait la fin du traitement pour concevoir un bébé... Peu à peu, nous nous nous mîmes à causer à bâtons rompus, à rire. Puis, très sérieusement, elle reprit :

- Vous m'avez sauvé la vie.

 

 

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Puis elle me serra contre elle, sans hésiter, cette fois.

 

 

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A mon retour aux Tourelles, je retrouvai Corwin dans le jardin, rêvassant. Je m'allongeais dans l'herbe à ses côtés. et, lentement, avec difficultés, tout sortit enfin : Yannis et ma triste amourette perdue, mon rêve de devenir spécialiste scientifique, et les difficultés que je rencontrais à concilier cela avec les obligations de notre famille... Corwin ne dit rien tant que je n'eus pas fini, puis il lâcha :

- Pour Yannis, je m'en doutais. Tu n'as pas dit un mot sur lui à ton retour, il fallait qu'il se soit passé quelque chose. Mais il n'était pas fait pour toi.

Il poursuivit :

- Tu y arriveras, j'en suis sûr. J'en fais le pari ! Tu adores ton métier, tu ne peux pas vivre sans lui. Mais un petit conseil : si tu veux rencontrer des hommes, autres que tes patients, tu devrais passer tes journées de congés ailleurs qu'à la pêche...

Touchée !

 

 

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Et c'est ainsi que j'ai repris le travail, et que je suis devenue urgentiste.

 

 Cher Journal ;

 

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Les jours passent ; nous avons fêté l'anniversaire de Corwin. Je me souviens encore de nos jeux dans la nursery, de lui avoir donné son premier biberon de bambin. C'était il y a quinze ans.

 

 

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Corwin est devenu un bel homme calme et sûr de lui. Pour Maman, qui s'était tant posé de questions devant ses crises de colère, c'est une victoire de plus sur la vie. Un chasseur repenti a publié un ouvrage qui l'a marqué : "La chasse silencieuse", où il remplaçait dans sa traque son fusil par un téléobjectif. Depuis sa lecture, mon frère s'est passionné pour la photographie.

 

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Le premier acte d'adulte de Corwin et Valérie a été d'emménager aux Tourelles, hélas trop brièvement.

 

 

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Ils m'expliquèrent très vite qu'ils avaient l'intention de quitter la maison dès que leur mariage serait célébré. Ils ont bien l'intention de nous rendre souvent visite, mais ils attendent avec impatience de s'installer dans leur petit nid d'amour, pour s'occuper exclusivement l'un de l'autre, sans croiser le regard parental et les éclats de voix adolescents dans chaque pièce. C'est vrai que les Tourelles sont un peu surpeuplées ; malgré les immenses pièces, nous marchons un peu les uns sur les autres.

 

 

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 Ils se fiancèrent donc, et fixèrent une date rapide pour célébrer leur union.

 

 

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Et le grand jour arriva. Valérie était juste magnifique, et, curieusement, tandis que son fiancé semblait simplement radieux, elle même semblait aussi stressée qu'émue. Elle m'avoua qu'elle attendait ce jour depuis le lycée, et qu'elle avait un peu de mal à croire qu'elle allait réellement épouser mon loup de frère...

 

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La cérémonie fut brève, mais émouvante, et devant mes parents en larmes, Valérie et Corwin se choisirent et s'unirent jusqu'à ce que la mort les sépare. J'avais une grosse boule dans la gorge, et un sourire béat sur les lèvres.

 

 

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La fête finie, vint le moment du départ. Corentin émit ses dernières recommandations. Il va redevenir le seul loup de la maison, mais je sais que cela ne le gêne pas, même s'il ne change plus qu'aux soirs de pleine lune. Il n'a jamais voulu renoncer à sa nature, même pour échapper aux douleurs. Papa fit un cadeau à son fils aîné en lui remettant Lothiel, notre licorne. Il est vrai que c'est la monture de Corwin avant tout.

 

 

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 Dans son étreinte, Corwin me souffla : - Tu seras bientôt tata !

Je compris alors que le bébé était déjà en route. Ce mariage rapide l'avait peut être été juste assez.

 

 

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 Ils sont partis au coucher du soleil.

 

 

Cher Journal ;

 

Le temps défile à tout allure, de jours en jours, de gardes en gardes. Je m'épanouis à mon poste aux urgences.

 

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Le lendemain, à mon réveil, je raconte à mon père les petits tracs et les grosses urgences auxquels j'ai dû faire face, et il m'écoute attentivement. Lui ne m'a jamais parlé de mes responsabilités envers l'exploitation.

 

 

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 La Ferme, c'est ma mère qui continue à l'entretenir. Nous n'avons pas besoin de l'argent qu'elle nous rapporte, mais Maman tient à la tradition.

 

 

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Xhin s'entraîne dès qu'il a un moment de libre, s'efforçant de regagner le niveau exceptionnel qu'il possédait dans sa vie antérieure. Je ne peux m'empêcher de trouver sa situation inconfortable : son avenir est tracé, marqué par l'influence de son incarnation précédente, alors même qu'il n'en garde aucun souvenir.

 

 

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Mais je ne comprends pas mieux la passion pour l'eau de mon petit frère Elouan ! Dès qu'il parle de ses exploits à la piscine, je frémis. Il ne pense qu'aux bateaux, aux lacs et à la  plongée sous marine, et cela n'évoque en moi que noyades et mal de mer.

 

 

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Ces deux là parlent de plus en plus fréquemment du grand voyage qu'ils feront une fois leur bac en poche, de leur avenir qu'ils n'envisagent qu'ensemble. A croire qu'ils n'ont toujours pas compris qu'ils ne vivaient pas seuls au monde et l'un pour l'autre. J'espère que le bal de fin d'année leur ouvrira les yeux.

 

 

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Bref, la vie avait repris un cours habituel, malgré le départ de Corwin. Jusqu'à ce que je reçoive le colis...